En juin 2015, j’avais presque 38 ans. Je venais de quitter mon job et je m’apprêtais à terminer ce que j’avais commencé 20 ans plus tôt… mes études que j’avais laissées en plan à cause de l’arrivée des enfants… et, j’en ai voulu à la terre entière… pendant longtemps…

A ce moment-là, on vivait en Allemagne et je n’avais pas du tout envie de m’adapter au système universitaire allemand. Il aurait fallu que je fasse valoir des équivalences et ça aurait pris du temps et de l’énergie. Et ça n’aurait peut-être pas marché. Et moi, je voulais reprendre mes études tout de suite. Donc je me suis inscrite à un Master à distance avec une université française.
J’étais hyper fière de moi.
En octobre 2015, je recevais mon accès à la plateforme de formation et je commençais par un cours qui m’accompagnera tout au long de ce Master1 : „Apprendre à distance : Méthodologie et accompagnement“. Ce cours était fait pour mettre toutes les chances de mon côté pour mener à bien mon projet de formation. On m’y expliquait qu‘un projet de formation à distance demande une très grande motivation et un très grand degré d’autonomie.
Motivation, check ! Autonomie, check !
Et oui, motivée, je l’étais ! Je voulais que ma famille reconnaisse enfin à quel point j’avais été généreuse et dévouée en leur donnant tout mon temps et en investissant presque toute mon énergie.
Et autonome… pfff… évidemment… à 38 ans, maman de 4 garçons dont des jumeaux, et en plus, expatriée en Allemagne… Evidemment que j’étais autonome !!!
Vous la sentez venir la désillusion ?…
J’ai retrouvé certaines fiches de travail de ce cours-là. Une première activité consistait à évaluer ses atouts et à cerner les compétences à développer comme „apprenant à distance“.
Pour les atouts, j’avais noté les compétences acquises grâce aux différentes professions que j’ai exercées et surtout j’avais bien insisté sur mon „tempérament persévérant, rigoureux, créatif et positif.“ Pour les compétences à développer, je parlais de mes difficultés dues à mes contraintes d‘organisation. A ce moment-là, mon mari travaillait à temps plein (soit 40 heures en Allemagne, à une heure de transport en commun aller et une heure retour) et les enfants étaient scolarisés mais dans le système allemand qui est plus léger que le système français pour ce qui est de la présence en classe. En gros, ça voulait dire qu’ils rentraient à la maison vers midi pour les plus jeunes et 15 heures pour les plus grands. Mais j’avais quand-même écrit que je pensais être assez disponible pour mener à bien ce projet.
Une deuxième activité consistait à créer son plan de travail pour l’année… 13 cours différents et un stage de 180 heures à caser quelque part vers la fin de l’année universitaire…
Et bien, comme j’étais persévérante, rigoureuse, disponible et autonome, j’avais créé un planning à la hauteur (c’est ironique). En plus, je me connaissais bien (c’est très ironique)… Je me rappelais qu’à l’école, je m’ennuyais quand je ne changeais pas d’activité très régulièrement. Alors, durée de formation envisagée : 1 an… Je travaillerais par petites touches, c’est-à-dire 4 cours en parallèle, par tranches de 2 heures, elles-mêmes divisées en séquences de 25 minutes (oui, je venais de faire un mooc pour apprendre à apprendre – 25 minutes, c’est la méthode pomodoro). J’alternerais lecture du cours, du forum, des références bibliographiques, rédaction des activités, etc… et surtout, pas trop d’échanges avec mes collègues de formation… Je n’avais pas beaucoup de temps, donc je devais vraiment limiter le gaspillage…
Je vous la fais courte… J’ai échoué.
Je n’ai pas tenu le plan. Au bout d’un an, j’avais validé 4 cours et le stage. Et j’ai finalement mis deux ans à faire cette première année de Master alors que je pensais sincèrement y arriver en 11 mois, stage compris.
En mai 2016, donc 6 mois après le début de la formation, je devais remplir une fiche de suivi. J’y faisais part des enseignements que j’avais pu tirer de mon „échec“ à ce moment-là.
Bon, je pensais bien me connaître comme étudiante… „J’apprends beaucoup sur mon propre fonctionnement, tant sur le plan de l’organisation que sur le plan de l‘autonomie.“
Je pensais avoir besoin de variété pour tromper l’ennui parce qu’à l’école, il fallait 10 heures en classe entière pour traiter un sujet. Et j’ai appris pendant ce temps de formation à distance, que lorsque je travaille seule, je peux intégrer le contenu en beaucoup moins d’heure puisque je peux respecter mon propre rythme… „J’apprends à me libérer de certaines représentations que j’avais. (…) Je vais me concentrer sur moins de cours à la fois.“
Je pensais être disponible et j’ai découvert qu’être disponible, ce n’est pas qu’une question de temps. Mais que la tête aussi doit être disponible pour pouvoir utiliser le temps… disponible…
Je pensais que je perdais mon temps à participer aux forums et je me suis rendu compte que j’aimais travailler en binôme… et que c’était même efficace de partager et confronter ce que j’avais compris d’un sujet. Cela me permettait d’élaborer et de mettre mes connaissances en perspective.
Pour terminer ce Master1, je me suis réinscrite pour une deuxième première année.
J’ai tiré profit de mes erreurs et échecs sur le plan organisationnel.
Je suis restée concentrée sur un seul cours à la fois pour ne pas m’éparpiller. Cela m’a permis, malgré la reprise d’une activité professionnelle à 75% en novembre 2017 et mes obligations familiales, de rester focus sur mon planning et de le respecter.
Mais ce n’est pas tout… J’ai tenté des trucs que je trouvais inutiles jusque-là… Je me suis plus investie dans les interactions avec mes collègues de formation via les forums de la formation et les réseaux sociaux. Cela a créé pour moi un véritable cercle vertueux. La première année, je pensais que c´était du temps perdu. Ayant suffisamment de contact direct dans mon entourage, je pensais ne pas avoir besoin de soigner mes relations à la communauté d´apprentissage du master. Mais c´était une erreur. La lecture et la participation aux forums ainsi que l’administration du groupe Facebook ont eu une influence directe sur ma motivation. Une influence positive, évidemment.
Donc en bref, qu’est-ce qui s’est passé pour moi pendant ces deux années ? J’ai réactualisé ce que je pensais connaître de moi-même…
et j’ai osé modifier ma posture et mes actions.
Et vous? Vous en êtes où? C’était quand la dernière fois que vous avez lancé une mise à jour ? Vous pensez savoir quoi de votre propre fonctionnement ?